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Autre chose

Bulles amères

Le voyage commence dans une Twingo cabossée et de couleur violette.
L’instabilité du véhicule vieillissant empêche Olaf McGusson de dormir la tete ailleurs que sur la route. Le bolide ne dépasse pas les 110 km/h, ses doutes vont plus vite que cette route qui défile raisonnablement.
A l’arrière l’absence d’oreiller n’arrange rien, la nuque tendue, il attend.

Des heures plus tard, déposé, arrivé. Olaf se retrouve un peu seul dans cette fête intime, mais fête quand même. Stejo ne va pas arriver avant 22h, et Olaf est un peu stressé. Il ne sait pas trop pourquoi mais il est stressé. La musique de fond constante, dans les graves, surtout à distance, installe un léger sentiment désagréable de lourdeur sourde. Alt J joue dans la pièce principale, mou et décevant… angoissant aussi. Olaf n’a pas l’impression de rater grand chose et oriente ses pas ailleurs.
Il fait très beau, et très chaud, c’est peut être la première fois qu’on voit ça ici. D’habitude c’est humidité, pluie et fraicheur.

La mer du Nord n’est pas loin.

Le ciel est bleu, l’air lourd. Olaf se dirige vers le bar et emprunte la bouteille de Perrier. Pas d’alcool, ça ira, pas envie de rajouter un flottement supplémentaire à cet état pesant.
Olaf s’isole, plus loin de la fête et du bruit, il monte les marches de cette maison inconnue et attérie dans une salle. Une télévision y est allumée, un journaliste micro en main, nerveux, alcoolisé lui aussi surement, raconte avec véhémence son épopée festivalière, on distingue dans le fond, sonore et visuel, une ambiance de rédemption collective, d’orgie quasi post-chaotique : « après la furie synth-pop de Civil Civic, qui nous laisse par terre, foudroyés, on court voir The Soft Moon, pressés de se plonger dans leur rock spectral qui nous donne des frissons dans le dos. Luis Vasquez et ses deux acolytes convoquent la grise Manchester et le fantôme de Joy Division à coups de déflagrations de guitares, noyant le fort dans une enivrante brume sonore. C’est violent, beau et envoûtant »

Olaf peste contre cet excité aux envolées esthétiques, et lui coupe la parole d’une simple pression du pouce. En bas la musique a changé, plus lourde, plus grave, plus sombre, encore plus pesante. Dans cette chambre grise, secouée par les vibrations d’un enfer proche, Olaf éclate au sol la bouteille de verre qu’il tenait entre ses mains et regarde d’un vertige les bulles mourir sur le vieux parquet.


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