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Autre chose

Le progrès

Si le « modèle des pays nordiques » devait s’avérer être l’aboutissement du progrès, comme on se plait tant à le répéter dans notre beau pays de France, je partirai illico rejoindre tous ces jeunes « de banlieue » qui foutaient le bordel il y a encore quelques semaines avec une batte de baseball et quelques cocktails molotov. Je prendrai un malin plaisir à défoncer les belles vitrines, les beaux abribus, toutes ces avenues si rangées, si organisées, si propres. Pourquoi tant de haine ?

Le nordique a cette tare d’être évolué, « progressiste » donc, comme ils disent. Ce faisant, le nordique évolue dans un petit monde bien réglé, à l’abri des soucis du quotidien. Le forban est emmené à l’école pour apprendre que c’est mal de faire le mal, que c’est par le travail que tu dois t’en détourner. Le pauvre est pris en charge par la communauté, et réinséré en deux temps, trois mouvements. Le nordique aime tout le monde, il est gentil avec les minorités, et, à ce titre, représente lui-même une minorité. Le nordique aime l’écologie, les grands espaces, les week-ends dans des fjords et la nature. Le nordique a trouvé un compromis entre le libéralisme et le socialisme. Le nordique est neutre, les greffes du nazisme et du communisme n’ont jamais pu prendre. Le nordique est libre. Charmant portrait.

Mais le nordique est déprimé, déprimant et même carrément angoissé et angoissant. Comme si après des années à s’être fait chier, sa seule issue se situait dans la mélancolie, puis le désespoir. Ce bel ensemble si bien rodé, si bien organisé, si parfait, a fini par créer une grande cage d’où ne sort que la solitude. « La seule cause de la dépression est la prospérité » disait Juglar. Voilà une chose que les nordiques sont en train de comprendre.


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