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Lettres aimées

Stupeur. Alors que j’errais comme chaque matin en quête d’un métro dans lequel je ne serai pas condamné à subir le sort d’une sardine, je fus pris d’une véritable stupeur. De façon relativement inexplicable, un wagon se trouvait tout à fait dépeuplé par rapport au reste du train. Il semblait régner ici un calme absolu, une quiétude impropre à la population habituellement coutumière de ce métro de 7h43.

Le silence de cette rame était un silence concentré, attentif. Ce n’était pas un silence de gêne polie, ou de retenue. C’était un silence comme on en trouve lors d’une pièce de théâtre, dans une bibliothèque ou a un concert de musique classique. C’est comme si ma présence dans ce wagon n’était tolérée qu’en cas de respect de ce silence. Pourtant, aucun regard ne s’est même levé sur moi lors que je pris place. Mais l’humeur générale invitait à la solennité.

La vision qui m’avait été offerte lors de l’ouverture automatique des portes m’avait surpris pour sa beauté et sa force simple, alors qu’il s’agissait d’une chose relativement banale. De voir tous ces individus plongés dans cette ambiance, le regard fixé sur leurs livres, si peu attentifs à leur montre ou au défilé des stations de métro me semblait tout à fait surprenant. Ce qui était nouveau, c’était que chaque passager était plongé dans son œuvre. Pas un regard vide collé contre la fenêtre, pas une main pianotant frénétiquement sur un clavier quelconque.

Sans jouer le coup du "c’était mieux avant", étant le premier à profiter du métro pour avancer dans Candy Crush ou FIFA 17, ce spectacle m’a rappelé ma prime jeunesse, quand je prenais le train de banlieue pour rejoindre la capitale. Je m’étonne d’ailleurs encore en écrivant ces lignes d’avoir été à ce point touché par cette vision de gens qui lisaient des livres. Je pus ainsi les observer tour à tour, n’ayant évidemment pas osé sortir mon téléphone de ma poche, et tout penaud de ne pas avoir emporté mon Balzac.

Et puis j’aperçus cette femme, qui semblait vouloir masquer la couverture de son livre avec ses mains. Elle était moins concentrée sur sa lecture que les autres passagers. A force de l’observer, je remarquais qu’elle jetait comme moi des coups d’œils discrets vers ses voisins. Lors d’un arrêt du métro, elle desserra l’étreinte de ses doigts, laissant apparaitre le nom de l’auteur de son livre. C’en était presque mignon, elle lisait du Marc Lévy, et avait l’air de sentir qu’elle n’était pas à la hauteur de ses voisins. Elle m’a sauvé, je me senti tout de suite moins seul.


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