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Colimaçons

Le metro Lamarck-Caulaincourt, aux alentours de deux heures du matin. J’ai pu attraper de justesse le dernier métro de la soirée. Le métro Lamarck, station particulière qui donne le sentiment au voyageur de sortir des tréfonds de Paris. Un gigantesque escalier s’offre aux badauds, qui semble éternel à celui qui le découvre. Il y a bien un ascenseur également, mis en place pour éviter trop d’efforts aux touristes et autres parisiens pressés. Pour ma part, mon opinion sur les ascenseurs étant faite, je choisis assez naturellement de me lancer dans cette ascencion.

Les marches s’enchaînent en colimaçon, l’on y croise quelques téméraires en sens inverse. Perdu dans mes pensées, mon casque vissé sur mes oreilles, je suis tel le coureur faisant ses entrainements pour le marathon : l’esprit vide. Une imposante forme noire, teintée d’un rouge sur la droite attire cependant mon attention et m’extirpe de mes pensées. Un homme me précède, ayant fait ce même choix saugrenu de privilégier l’aspect sportif à la flemme.

Son pas est lent, il semble las et désappointé. Dans sa main droite, trois, peut-être quatre roses rouges. Je devine à son allure que son visage exprime la tristesse. Les marches qu’il gravit peu à peu semblent être un exutoire, ou tout du moins un moyen d’évacuer ses pensées. Aux gens qui l’apostrophent dans les escaliers pour lui demander s’il vend ses fleurs, il esquisse à peine un regard.

Il ne cessait de repenser à la soirée qu’il venait de passer. Il l’avait préparée avec grand soin, ne laissant rien au hasard. Un petit restaurant romantique après une promenade sur les quais, des fleurs en guise de bienvenue. Il avait envie de lui montrer combien elle était spéciale pour lui, qui pensait ne jamais pouvoir être capable de faire tant de choses pour quelqu’un.

C’est lorsqu’elle a retiré sa main à l’approche du dessert qu’il a commencé à ressentir un doute. En sortant du restaurant, elle lui rendit ses fleurs en lui expliquant qu’elle était désolée, qu’elle pensait qu’ils étaient tout simplement de très bons amis, et qu’il ne fallait pas que cela change. La bise qu’elle lui donna sur la joue sonna comme le coup de grâce de ces derniers moments après la merveilleuse soirée qu’ils avaient passé.

Hagard, il avait été incapable de jeter les fleurs, qui restaient comme un souvenir aigre-doux de cette soirée passée avec elle. Son pas lent et triste dans ces grands escaliers devaient lui faire passer ce chagrin. En débouchant sur la rue pavée, il ne put cependant s’empêcher de poursuivre son errance sur les hauteurs de Montmartre. Cette nuit qui aurait pu être si belle allait être si longue...


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