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Classics

Machin chose

La femme qui habite en bas de chez moi est étrange. Toujours là, dans la rue, la même position, la même tenue, la même cigarette. Ce même sourire quand je croise son regard. Au début je n’y prêtais pas attention et je m’enfonçais absent, tête la première dans la bouche de métro. Une voisine sans doute, elle a ses petites habitudes comme moi j’ai les miennes. Pense t-elle surement la même chose de moi. Ce jeune garçon, tous les matins, tous les soirs, le visage encerclé dans son écharpe noir, le pas rapide, pressé de se perdre dans ces escaliers. Je l’imagine en face de moi, comme on ne se connait pas. Je l’imagine sans nom, me parler de sa vie, parfois monter dans mon lit, et moi dans le sien. Je l’imagine m’écouter, ses doigts m’effleurer, me vider, la tête haute, enfin j’oublie.
Et puis le soir, encore elle, toujours elle, froide, immobile, sourire glacé, et moi fuyant comme fragile quand trop libre, les mains dans les poches, les clés dans les mains. Le manège identique des semaines entières, dans un silence mécanique.
Un soir mon pas s’arrête net. Mes yeux viennent à peine de quitter les siens, la rue, le bruit, l’air parisien. J’entends sa voix cigarette, alors mon cœur part en fumée. Conscient, regarde là, avance, regarde là bien, les yeux ouverts, ce n’est qu’un mannequin, ce n’est que plastique, machine, derrière la vitrine il n’y a rien.


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