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Le voisin du métro

La tête posée contre la vitre, mon voisin écrit fébrilement sur son écran tactile. En abaissant le strapontin mitoyen, je me vis adresser un premier regard noir, suscité probablement par la peur de lui faire perdre le fil, puis un air béat avant de replonger dans son entreprise d’écriture. Ce que la plupart des grands auteurs ont toujours du faire - s’isoler dans un bureau faisant face à une grande fenêtre ouvrant vers un paysage de campagne calme et somptueux pour s’inspirer - il l’avait semble-t-il trouvé dans les couloirs du métro. Son regard ne cessait d’aller de la fenêtre à l’écran. Il semblait par ailleurs tout à fait imperméable aux mouvements du métro, au rythme des montées et descentes des voyageurs - tant que ceux-ci restaient à distance de son écran.

N’étant personnellement jamais le dernier à plonger sous mon casque audio et dans mon écran pour faire abstraction de ce maelstrom humain qu’est le métro, je me surpris cette fois-ci à observer mon compagnon de voyage. Je ne sais comment, mais j’eus rapidement l’intuition que ce qu’il écrivait de façon si consciencieuse ne relevait pas d’un vulgaire texto ou autre commentaire Facebook. Non, il y avait chez cette homme quelque chose de plus profond, de presque mystérieux. La stricte banalité de son accoutrement renforçait cette intuition : je n’étais a priori pas à côté d’un étudiant en 4e ou 5e année encore persuadé que ses facilités scolaires et sa supériorité intellectuelle allaient lui ouvrir les portes du succès littéraire. Et pourtant, de ce personnage émanait une fascination dont il m’est difficile de rendre compte.

Après deux stations de métro à le voir opérer, je me résolu à jeter un œil discret vers la droite pour confirmer mon intuition et découvrir son texte. Il y décrivait ses impressions après avoir assisté à sa première représentation de théâtre. Une émotion forte se dégageait de son texte. Son esprit semblait avoir été fasciné par chaque aspect de la représentation : l’émotion sincère des acteurs incarnant les personnages pour faire complètement corps avec eux, la finesse des décors, la grâce de la mise en scène, la félicité d’un public happé par l’ensemble.

En sortant du métro, après avoir lu ses quelques lignes - une dizaine tout au plus - j’avais l’impression de sortir moi-même de cette pièce de théâtre dont j’ignorais tout. Et de ressentir la même émotion que lui. Et d’avoir la même envie de coucher sur papier ce moment.

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